La stigmergie mieux que l’intelligence artificielle pour gérer la complexité ?

Je commence avec un exemple simple pour illustrer cette question : Google a racheté Waze il y a quelques années, l’application de navigation alimentée principalement en intelligence… humaine !

Il convient de le rappeler, Google se définit comme une entreprise de recherche en intelligence artificielle et elle a déboursé plus de 1,3 milliards de dollars pour cette application ! N’est-ce pas énorme en terme d’importance business ? C’est donc un rachat qui met en relief le point central de cette article : L’intelligence collective humaine est d’une efficacité redoutable, même pour faire de l’argent !

Quand vous utilisez Waze, vous pouvez toujours connaître, non pas la meilleure route donnée exclusivement par l’application, mais la meilleure route donnée par toute la communauté qui à chaque seconde abreuve l’application d’informations, comme les bouchons, la police, les accidents, etc… Autant d’informations que Waze analyse et retranscrit de manière très simple : la route optimale. Waze fait un travail de facilitation et de synthèse.

Une inspiration venant de la nature ?

Utilisons l’oeil du biomiméticien : dans la nature, et ce depuis des millions d’années, des petites bêtes fonctionnent ensemble d’une manière encore plus efficace que Waze, les fourmis. (et elle n’ont pas accès au numérique…)

Elle subissent depuis des dizaines d’années des analyses de tous les plus grands spécialistes ; on pourrait définir un algorithme des colonies de fourmis, très proche du principe de stigmergie : individuellement, chaque fourmi n’est soumise à aucune règle stricte et pourtant, de manière collective, elles sont organisées à tel point qu’elles inspirent tous les chercheurs en optimisation & performance !

 « Les fourmis communiquent en déposant des phéromones derrière elles, pour que d’autres fourmis puissent suivre la piste jusqu’à la nourriture ou la colonie suivant les besoins, ce qui constitue un système stigmergique. »

Imaginez alors, si nous étions capable de reproduire à notre échelle humaine les enseignements venant des fourmis : plus de problèmes de gouvernance, pas de discussion de pouvoir ou de débat pour la répartition des richesses : chaque individu pourrait vivre « à sa manière » tout en agissant en conscience de l’intérêt du groupe.

Mais le constat de notre société actuelle est qu’elle est incapable de se structurer aussi efficacement, alors que nous nous pensons plus intelligents que ces insectes… De plus, si nous n’y arrivons pas, c’est parce que nous définissons ça comme trop complexe, problème à laquelle la solution semble être la technologie…

L’intelligence artificielle pour sauver l’humanité ?

Google, Facebook, Amazon, les grandes entreprises chinoises, toutes les organisations de pointe semblent inspirer les autres organisations de la nécessité d’investir principalement dans l’AI : avec ce support technologique, on pourrait régler tous les problèmes, « c’est un gros investissement maintenant et beaucoup de bénéfices et de croissance pour la suite » ! Mais est-ce réellement LA solution ou du moins, la priorité ?

Reprenons l’exemple de Google et son rachat de Waze : une entreprise majeure de l’AI mondiale affirme avec 1,3 milliards que l’important est de comprendre la stigmergie. Comprendre comment fonctionne l’intelligence collective, ou l’intelligence distribuée. En somme, comprendre le vivant, comprendre la nature qui fait de la recherche et développement depuis plus de 4 milliards d’années !

Le postulat de Google est de comprendre le vivant pour nourrir le numérique : demain l’intelligence numérique neuronale sera inspirée de comportements organiques, un peu comme notre ADN… C’est un postulat souvent pratiqué parce que notre société globalement reste sur l’idée centrale que c’est la technologie elle-même qui va sauver l’humanité.

Et si ce n’était pas exactement aussi direct ? Et si la technologie était là pour nous faire prendre conscience de la richesse du vivant : brûler un arbre ce serait comme vendre la coquille de l’huître et jeter la perle (dixit Idriss), nous oublions d’en « extraire » l’essence même. La nature est une bibliothèque de connaissances à ciel ouvert et totalement open-source. Grâce à la technologie, nous pouvons appréhender plus facilement sa complexité, ou du moins, mettre un peu plus de notre attention, de notre conscience… Mais alors pourquoi se limiter à apprendre du vivant pour nourrir le numérique ? Pourquoi ne pas s’en inspirer pour infuser nos comportements humains et sociétaux ?

La proposition du Comptoir.

Et si la priorité était de favoriser la stigmergie et l’intelligence collective pour directement « ajuster » nos systèmes et organisations ? Et si on multipliait les interrelations entre pleins de points de vues et d’expertises, n’aurions nous pas les ressources nécessaires pour gérer la complexité et grandir en conscience ? Le tout sans avoir à investir des milliards dans de la R&D en intelligence artificielle. Et si la transition numérique était surtout une transition culturelle : aller vers une culture de la collaboration transversale, du partage de connaissance total et en toute transparence, agissant dans son intérêt individuel mais en conscience de l’intérêt du collectif tout entier…

Tout ceci représente le Comptoir : une rencontre avec des humains venant de multiples écosystèmes complémentaires pour travailler ensemble et avec les organisations dans leur transformation. Le monde de demain ne sera alors peut-être pas sauvé en majeure partie par le numérique, mais peut-être plutôt par des humains beaucoup plus conscients, curieux et ouverts à la diversité et à la collaboration en toutes situations, un peu comme ces si mignonnes petites fourmis 🐜.